Le Sabreur de Fonds 17
Louis Andrieu
2025 signa la fin de l’US Métro, seul club entièrement consacré au sabre
dans Paris. L’on pouvait au pire attribuer cet abandon du sport pour tous par la
majorité écologiste dans le XIIème arrondissement, incapable de penser le sport
tout comme son parti se montre incompétent en terme de culture (politique à
part, souvenons-nous que leur prise de Grenoble en 2014 entraîna une brouille
avec Marc Minkowski et le départ de son orchestre, à tomber par terre). Une
pétition avec plus de 2500 signatures, une campagne de mobilisation de la FFE,
relayée par quelques olympiens, ne servirent à rien, et les effectifs de l’US, dont
l’auteur de ces lignes, partirent en transhumance vers le Racing Métro. Tant pis
pour les familles de la Porte de Vincennes, de Picpus, du bas du XXème, qui
venaient à l’US grâce à son local proche d’elles, qui ne pouvaient partir vers les
grasses pelouses du VIIème.
Et voici que 2026 s’ouvre par le dépôt de bilan d’Escrime Paris Nord,
autre salle d’armes tenue dans un arrondissement de gauche, le XVIIIème, autre
situation laissant en plan des dizaines de jeunes pratiquants du fleuret. Ne
croyez pas qu’aux Jeux de 2040 ou 3044 les sabreurs et fleurettistes médaillés
viendront de Paris intra-muros, puisque la majorité actuelle ne fait rien pour
préserver les clubs maintenant ces armes dans la capitale. Nuance : il reste le
Racing pour pratiquer les armes, quelques cercles, le PUC. Mais en deux ans,
pour de basses histoires d’immobilier et de loyer trop cher, deux institutions,
l’une historique et l’une toute jeune qui s’était hissée parmi les meilleures dans
le fleuret francilien et national, viennent de sombrer. En dix-huit mois après les
Jeux de l’été 2024 ! À croire qu’il ne sert à rien de vanter nos cent-trente
médailles et de lutter, dans les médias comme auprès de nos collègues, contre
l’image de l’escrime comme sport bourgeois, puisque les habitants des ultimes
quartiers un peu populaires de Paris s’en voient privés. Tant pis pour le
Boulevard Ney, il restera loisible de montrer la Porte de la Chapelle rénovée et
transformée en arène sportive et consortium étudiant, mais rien pour ses
riverains ou ceux de Marx-Dormoy s’il veulent commencer le fleuret.
Le cynique pragmatique répondra que les licenciés d’Escrime Paris Nord
peuvent prendre la 12 et partir pour le Racing, sauf que bien sûr les murs des
grandes institutions ne sont pas extensibles, et que l’enjeu du développement de
notre sport tient précisément en sa capacité à s’étendre à d’autres quartiers, de
devenir aussi commun ou pratiquable sans grands trajets que le tennis ou la
natation. Passer de l’US Métro à la Rue Éblé tenait déjà du voyage vers un autre
monde, et le défunt club de fleuret du XVIIIème étendait son influence sur tout
le nord de Paris et la Seine Saint-Denis, alias le futur démographique et
économique de la petite couronne.
Qu’une telle situation se précise pour l’anniversaire du quart de siècle de
majorité de gauche dans la capitale ne laisse pas de surprendre, ou de
consterner sur place selon son appartenance partisane. Qu’il soit impossible de
trouver des arrangements sur le foncier semblables à ceux trouvés pour sauver
les librairies et les cinémas, que la Régie Immobilière de la Ville de Paris,
grande promotrice d’une politique amibitieuse du logement social, n’agissent
pas pour soutenir un tel projet sportif populaire, qu’un jeune club formateur
dans un quartier divers doive au pire se tourner vers les médias ou l’opposition
de droite pour trouver des soutiens… Autant de signes que les promesses
d’héritage post-olympique ou d’aides sans conditions aux associations sportives
de proximité devaient ne pas se considérer, se regarder comme des paroles en
l’air. Alors, ces lignes énervées n’engendreront aucune influence ni poids dans
l’élection municipale à venir, et je ne saurais conclure sur le bilan de la majorité
sortante envers les familles ou la pratique sportive ; j’ai croisé l’adjoint aux
sports et à la Seine, que l’on peut décrire comme un saint ou juste un mec bien,
et qui se retrouve en position non-éligible dans la nouvelle liste pour le Conseil
de Paris. Mais il s’avère impossible de ne pas se lamenter devant cette nouvelle
fin d’une salle d’armes dans un arrondissement de gauche, entraînant un
recentrage de l’escrime vers la Rive Gauche et des quartiers plus riches, ou
plutôt un renforcement d’une tendance historique contre laquelle Escrime Paris
Nord s’élevait. Et en plus nouvellement, en plus novateur, en priorité notable…