Le Sabreur de Fonds 18
Louis Andrieu
Peut-on suivre des élections municipales, des Mondiaux d’athlétisme en salle, prévenir les proches, rire avec sa mère, se préparer à dîner et garder en fonds une Coupe du Monde de fleuret à Lima ? Tel formait le défi ce dimanche en fin d’après-midi, et l’attention se porta d’abord sur Pauline Ranvier face à l’Allemande Leonie Ebert ; buste droit et rythmique des jambes à droite, technique de gauhcère penchée à gauche. Et deux fois la native de Würzburg trouve la solution en parade-riposte, de même un échange de fers tourne à son avantage pour qu’elle mène 7 touches à 5 alors que s’amorce la dernière minute du deuxième tiers. Ranvier allume gris quelques secondes plus tard, demande une vérification à l’arbitre le visage légitimement lassée et essouflé. Corps à corps suivi d’une très belle esquive de la Française qui se recule avec vigueur et marque un sixième point. Même piège pour toucher son adversaire en plein buste supérieur gauche pour égaliser. Ébert copie cette tactique pour marquer sa huitième. Évidemment un duel Ebert/Ranvier renvoie l’amateur du long XIXème siècle à Friedrich Ebert et Gabriel Ranvier, qui ne se connurent pas mais incarne de leurs côtés deux radicalités dans les principes, et le temps de réfléchir sur ce que le match pourrait créer comme symbolique Pauline revient au score. Enfin sur la neuvième son attaque de bout de piste fonctionne et elle se retient de trop serrer la main gauche de satisfaction. Que dire, que constater hormis son jeu de jambes toujours optimal ? Et l’art de la maîtrise du temps qu’elle incarne dès lors qu’elle mène. Continuer à suivre la rencontre tout en regardant les premiers résultats de mairies pour La Réunion, Ranvier qui semble marquer une douzième touche mais Ebert arguant un contact trop vif, et carton rouge pour la première après arbitrage vidéo ! Égalité alors que les trente dernières secondes s’approchent, la Française vient se piéger dans la lame allemande, son attaque ensuite rate mais elle allume à nouveau en reculant, égalité, puis une touche d’avance pour Ebert, qui bloque l’attaque française pour inscrire sa quatorzième et sceller sa victoire. Émeric Clos surgit une fois le chronomètre écoulé et l’on ne saurait imaginer les mots qu’il doit trouver après une défaite survenue à contre-temps, un match basculant sur une décision arbitrale (mais le clan français, et l’auteur de ces lignes, gardent la noblesse nécessaire et juste pour ne jamais contester les hommes et femmes en tenues élégantes).
J’enchaîne sur Garance Roger contre Daphne Nok Sze Chan, ou Daphne Chan selon certaines de ses fiches d’athlètes, Hong-Kongaise tirant pour Northewestern aux États-Unis, palmarès certain en junior, masque bleu, qui prend l’initiative pour la première touche, repart à l’attaque pour inscrire la deuxième mais Roger marque en atteignant son dos. De même elle maîtrise le milieu de piste pour la deuxième. Les deux fleurettistes proposent une vivacité remarquable sur la piste, le duel s’avère plus physique que tactique, pour le plaisir des spectateurs. De la tension entre les deux, l’envie de s’affirmer, du stress dirigé vers l’abitre. Le deuxième tiers commence par des croisements de lames en milieu de piste avant que Chan reparte vers l’avant pour une huitième touche ; rapidité semblable pour marquer sa neuvième sur une avance de Roger, qui reprend ses esprits après une cinquième touche en demandant une vérification de son fer. Mais son adversaire garde son avance en impressionnant. Garance s’impose sur la vitesse de bras pour marquer sa septième, tente une attaque qui allume gris hélas, se prend un carton rouge pour un retournement, croyant avoir marqué, inscrit sa huitième comme la précédente, son bras surgissant. La défaite 15-10 arrive avec célérité, comme si la Franaçsie n’avait pas trouvé les 5% de différence ou de vitesse pour percer les atouts de son adversaire.
Je connus une amie dont la présence à mes côtés provoqua la victoire relative de la gauche aux législatives 2024 ; inversement, faire perdre toutes les Françaises observées n’est pas le but de cette chronique en direct, alors je passe sur Antoine Spichiger contre Kyosuke Matsuyama… Qui mène assez vite 10-6. Dix-huit touches marquées alors qu’il reste quarante secondes dans le premier tiers : les deux n’ont pas traversé les oécans pour rien. Et le Japonais manœuvre parfaitement dès le début du deuxième pour prendre sept touches d’avance puis boucler le march après trente-trois secondes dans la deuxième partie. Là, il faudrait que je recrute le Napolitian porte-poisse du Colibri pour m’exorciser, alors je change de piste pour voir la victoire de Llavador, très honorable fleurettiste espagnol et porte-étendard de sa discipline dans son pays. Olivares se présente ensuite mais les Marcello de ses soutiens lors du dernier CIP me reviennent dans les oreilles et causent un début de migraine. Autant attraper la biographie de Lyautey entamée et lire une heure en attendant les rencontres et résultats fatidiques…
Après de premières bascules et conservations en mairie, je reviens sur Fencing TV pour Pauty contre Ka Long Cheung, le temps de voir une attaque en flèche du premier pour prendre l’avantage. L’on a déjà écrit ici combien le style de Pauty au fleuret mériterait une diffusion bimensuelle dans chaque salle d’armes, comme son art de défendre avec une jambe dans le dernier carré de la piste. Sa violence maîtrisée dans les attaques, son art d’insister pour inscrire sa septième touche, éblouïssent, comme sa poliorcétique pour éviter une touche acculé. Les deux se pressent, le Hong-Kongais prend l’avantage par deux touches, Pauty en marque une neuvième, égalise sans y croire au corps-à-corps. Sa douzième en maîtrisant le milieu de piste, la quatorzième introuvable, son adversaire demande du temps à l’arbitre, un deuxième tiers sera-t-il même nécessaire ? Attaque flèche sort avec fureur et sens de l’honneur en direction de l’arbitre quand le Français exige la vidéo afin d’égaliser. On en est donc à quatre défaits françaises de peu regardées en direct…
Aussi j’ose à peine retrouver Leonie Ebert qui défie Éva Lacheray, même si la seconde adopte l’initiative d’emblée, s’affirme d’une jambe gauche ferme, duel de gauchères d’ailleurs, de quoi se donner une migraine, et l’arbitre se casse les yeux sur certaines attributions de touches. Attaque à la Pauty pour la septième de Lacheray, en plein torse adverse, grandiose. L’égalisation à 9-9 vient d’une lame retournée pour trouver la lampe parmi les plus ardues vues, le banc français s’en enflamme, puis la dixième vient par en dessous du bras adverse. Bon, et de cinq défaites car l’Allemande vainc par subtilité et quelques erreurs françaises. Clos n’apparaît pas dans le champ de la caméra et le clan français se dit que les valises pèseront plus lourd dans le vol retour… Bien sûrr, écrire cela au milieu d’une guerre entre trois puissances qui s’enlise et des scrutins municipaux aux résultats variablement joyeux (ne parlons pas politique ici) démontre bien la futilité du sport. Mais reprendre les chroniques écrites sans rien préparer et en commentant au clavier des rencontres à des milliers de kilomètres de chez soi témoigne d’un semblant de normalité. Que l’escrime française connaisse un dimanche avec quelques revers dans la capitale péruvienne signe surtout le retour des compétitions internationales. Profitons-en, tout en considérant que le luxe de la démocratie libérale et du sport ouvert (dans le sens des sociétés ouvertes) sonne bien étrangement au milieu du bellicisme.