Après Août

Chronique 6

Louis Andrieu

  Changer de club peut affecter nos dépenses et peut-être sauver la situation budgétaire du pays. Ainsi l’auteur de ces lignes changeant malgré lui, tal vez pour le mieux, de crêmerie, changeant même de rive parisienne ; et voici que son nouveau hôte demande un dossier complet, un stud book exhaustif, trois garants, un quartier de noblesse, et en prime une photo d’identité. Et bam : comme dans nos glorieuses années étudiantes, retour dans un photomaton de métro et un euro trente-trois centimes de TVA sur les huit clichés : si avec cela le mouvement sportif et le monde associatif ne gagnent pas un répit dans les financements publics…

  Cette micro-dépense me resta en tête quelques jours plus tard devant les Mondiaux de badminton dans une arena parisienne septentrionale, écoutant malgré ma volonté deux comparses d’âge discutant investissements, ou plutôt cryptos, cycles et autres sornettes de l’époque. Une firme pétrolière française sponsorisait l’évènement tout comme les joueurs malaisiens bénéficiaient du soutien de leur grande compagnie d’hydrocarbures ; et je songeais encore au manque de grands mécènes visibles de l’escrime française. Était-ce peu avant que j’avais vu sur le Linkedin d’Auriane Mallo-Breton sa joie devant sa grande voiture neuve offerte par un fonds d’investissement soutenant les sportifs de haut niveau ? Entre ça et Sara Balzer exprimant une joie sincère au volant d’une BYD, pas encore fabriquée en Hongrie, plus que jamais je comprenais qu’il fallait  prendre l’argent où il se trouvait. Je ne retournai pas pour enjouer ses insupportables représentants du zeitgeist, incapables de profiter du spectacle sportif sans évoquer leurs vies convenues et conventionnelles -pas comme en 1793 bien sûr-, de plutôt se remettre au sport et de passer leurs nerfs sur des attaques suicidaires sous la garde en tierce ; mais si seulement ils pouvaient flamber sur des Pléiades plutôt que d’acheter des actifs si vides…

  Il y a un an, d’ailleurs, je subis le même spectacle, cependant bien plus drôle, aux Paralympiques devant le para-tennis de table, me retrouvant assis devant toute une délégation de la Région Centre-Val de Loire qui ne parla, pendant deux heures, que de leurs soutiens au parasport, de leur accueil des épreuves de tir des JOP et de l’action départementale, invités élus du Cher et de l’Indre oblige. Soit, mais eux avaient pleinement payé et investi pour se comporter, un soir, comme des philistins, ils incarnaient après tout la bonne et grande part de la décentralisation, et je souris avec eux en me retournant pour la première fois quand leurs athlètes sous bourses régionales gagnèrent le bronze. En lisant L’Équipe dressant un bilan plus positif que dans son Magazine des Paralympiques en décrivant les actions positives malgré tout pour la structuration des sports collectifs (à comparer aux galères persistantes pour les athlètes individuelles), le citoyen concerné pouvait prendre espoir. Jusqu’à la perspective d’une chute du Gouvernement et donc de Marie Barsacq tentant de mener sa barque dans une tempête permanente.

  Donc les clubs et salles d’armes vont squatter les forums des associations et les rez-de-chaussée des mairies début septembre, dans un flou politique national et en attente des municipales de mars prochain. Dans les deux perspectives, on va se marrer, ou plutôt attendre de longues semaines et des dimanches électoraux ou de réflexions que le pays et ses représentants se décident. Attendons de voir le premier médaillé olympique sur une liste de grandes villes, voir Estanguet sénateur des Pyrénées-Atlantiques en 2026 (et Maxime Pauty adjoint aux Sports à Issy-les-Moulineaux ? Ça se tente absolument). Les facultés STAPS et les maîtres d’arme de sabre continueront de créer des filières de sport-santé pour promouvoir leurs sports et diversifier les emplois de leurs éducateurs ; les nouveaux pratiquants de découvrir l’odeur métallique et renfermée des masques, le son de la coquille quand le sabre adverse la tape, les déséquilibres post-retraites trop rapides en bout de piste. Août 2024 comme âge d’or du handisport en France, en prolongement des exploits augustiniens (osons l’adjectif) des escrimeurs français ; août 2025 comme deuxième saison du développement post-olympique de l’escrime et de sa pratique pas tout à fait de masse. Mais en notre décennie si dense, ne compte que ce qu’il se passe après août, tout comme les années 1970 ne se définirent selon l’après-mai (cf Assayas). Et dans cette attente, rien ne se dessine encore sinon des mots et des articles de transition. Dont acte…